Partager l'article ! CHRONIQUE 18-10: CHRONIQUES 2010 DIX-HUITIEME SEMAINE Du stres ...
CHRONIQUES 2010
DIX-HUITIEME SEMAINE
Du stress, de ses effets, des moyens de s’en prémunir. De la dignité de la Femme et de l’indignité de l’Homme.
Au commencement a été le Stress. Et c’est votre propre mère qui vous l’a fait subir. Au prix de violentes contractions, elle vous a jeté hors du nid douillet où vous aviez vos habitudes, bercé par sa voix familière[1] et la rumeur du monde. Vous avez vu le jour et l’humanité, bonnes gens, et vous avez poussé de grands cris de protestation, ou d’horreur peut-être. En vain, personne n’en a tenu compte, et votre mère a laissé couper le cordon ombilical qui vous reliait à elle[2]. Et plus rien n’a été pareil. D’abord on vous a lavé et ce premier contact avec l’eau vous l’a rendue profondément antipathique. Ce fut votre deuxième stress. Mais vous n’en aviez pas fini avec l’eau et le stress. A quelques temps de là, vos parents et toute la famille ont porté le petitou que vous étiez devant un spécialiste de la chose qui, malgré votre réprobation véhémente et sonore, vous a inondé la tête d’une eau magique sans doute, mais belle et froide eau. Et pendant des années votre mère vous baignait nu, c'est-à-dire complètement, de la tête aux pieds, oui, même les pieds, y compris à l’époque où vous ne marchiez pas[3]. Et pendant des années, elle tenait scrupuleusement à jour le calendrier et le décompte de vos douches et de vos bains et vérifiait vos oreilles. Votre père ne fut pas en reste qui voulut à tout prix vous jeter à l’eau, dans la Dore, pour que vous appreniez à nager. En Auvergne, à des centaines de kilomètres de la mer, vous étiez pourtant à l’abri des naufrages et des grandes marées !
Les traumatismes de toutes sortes continuèrent à un rythme soutenu : la maternelle[4], la grande école, le lycée, les examens, les concours, le travail[5], la vie. Quel potentiel de stress ! Quels tourments !
Vous n’avez pas été le seul. L’Homme est stressé, par les Grecs, les Portugais, les Espagnols, les mariages, l’organisation des vacances, les divorces, les enfants, la déclaration d’impôts : dès la première page, quelle adresse donner, Gstaad, les Iles Caïmans, la Californie ? Puis-je bénéficier du plafond de mon conjoint (6QR)[6], puis-je déduire le montant de l’achat de la grande bassine qui me sert à recueillir l’eau de pluie (7WH) ? Et les deuils, le bruit, les grèves de la SNCF, la circulation automobile, les belles-mères, les grandes marées, les grands chefs, les petits, l’agitation politique, les marchés financiers, les agences de notation[7], les transports en commun. Les éruptions, les élucubrations, les érections monumentales, les épiphénomènes, les explosions, les électrocardiogrammes, les éliminations.
Alors l’Homme stressé a mal au dos, au rein, au foie. Il a un torticolis, un lumbago, des élancements dans les jambes, des colites, des rectos et parfois des versos colites, des ulcères, de l’alopécie et même de la confusion mentale. Des troubles de l’ovulation. De l’énurésie.
Il ne le sait pas toujours, mais la guérison est pourtant à portée de main. Il suffit de consulter un hypnothérapeute, qui pratique l’hypnothérapie eriksonnienne, la meilleure. Ou une somato-relaxologue qui par un toucher « juste et respectueux » vous « recentrera » ou un somato-xinésiste[8]. A défaut, méditez. Ou faites-vous masser, avec ou sans huile, de foie de morue, de pépins de raisin, tout nu [9] ou habillé, ou assis sur une chaise spéciale, au bureau. A la mode tibétaine, thaïlandaise, californienne, coréenne, suédoise, que sais-je, laponne, bretonne. Dans des senteurs variées et douceâtres, et des musiques sirupeuses avec flute de Pan et violons languissants, qui vous évoquent des horizons sans relief et des couchers de soleil de cartes postales. Parfois des clochettes claires ou des gongs poitrinaires. Pratiquez le yoga ou mieux le shiatsu ( !) ou le watsu.
L’Auvergnat, lui, soigne son stress à l’ancienne, et à l’auvergnate. Il respire un bon coup, s’essuie les yeux d’un revers de main, serre les poings, se frotte énergiquement le plexus, remet son chapeau en place, le cas échéant pousse un bon juron, se remonte les brayes, pense qu’il a vu pire, se retire dans son bois où la mousse est épaisse, ou bien, appuyé sur la clède, au loin les puys familiers et fidèles, il va parler à ses vaches qui connaissent les hommes et la vie qui passe. Et son chien le regarde, les yeux mouillés, frotte sa tête contre sa main et quémande une réconfortante caresse. L’Auvergnat rentre alors au logis, barre solidement la porte et enferme le stress au dehors, au froid de la nuit qui tombe. D’une aile de genêt bien sec, cassée sur le genou, il ranime le feu. Il soupire d’aise au bien être retrouvé.
Le Parlement avait déjà légiféré sur le port du foulard. Il va maintenant interdire le voile, l’intégral, la burqa[10]. Des maris sont bien marris. Leurs femmes burqées ne pourront plus sortir en l’état, sous peine d’amende. Ils vont devoir aller chercher eux-mêmes leurs cigarettes, faire les courses, emmener les gamins à l’école et sortir les poubelles. Et les faire voyager dans le coffre de la voiture, dans une boge[11]. Mesures prises au nom de la dignité de la Femme. Dans la foulée, on envisage l’égalité des droits et des rémunérations au travail[12]et la réouverture des centres d’IVG que l’on a fermés.
En attendant, à Paris, en 2010, vous pouvez offrir une femme comme cadeau d’anniversaire, emballage et transports compris, à votre meilleur ami, pour qu’il fasse joujou.
Nous vivons des Temps Modernes.
[1] Et des chansons : « A Paris dans chaque faubourg, Le chaland qui passe, Si petite, Les lilas blancs, Le tango de Marilou, On a pas tous les jours vingt ans. »
[2] En vous laissant au milieu de votre mignon petit benou un trou si mal fini qu’il vous le défigurera.
[3] Il est vrai que, quand vous étiez bébé, elle leur faisait plein de bisous et c’était bien agréable.
[4] Et les mamans stressées pleuraient devant la porte.
[5] D’où votre aversion pour cette activité.
[6] Pour les impôts, votre conjoint a un plafond, vérifiez la notice
[7] Les Etats sont notés, AAA, meilleure note. Ah Ah Ah, il n’y a pas de quoi rire.
[8] On ne sait pas ce qu’il vous fait, mais ça fait du bien.
[9] Le cas échéant, vous et le (la) masseur.
[10] On attend les chapeaux ronds, les rouflaquettes, les manteaux aux chevilles, les casques à pointes.
[11] Grand sac de toile de jute, large et profond.
[12] 83%du temps partiel est assuré par des femmes.
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