CHRONIQUE 38

Publié le

CHRONIQUES  2009

 

 

 

TRENTE HUITIEME SEMAINE

 

 

L'effet Borloo sur les voitures propres. La taxe carbone, ou comment aller au charbon. Prémunissons-nous contre la grippe. Interrogations mortuaires. Grandeur consécutive d'Allah.

 

 

Les médias sont formels, il faut laver et nettoyer sa voiture. L'avenir de la planète en dépend. Chacun de nous doit se sentir responsable. Sinon, gare aux trous dans les couches supérieures de l'atmosphère, au réchauffement de la terre, à la montée des eaux. L'Auvergnat est un peu dépassé par toutes ces mauvaises nouvelles, plus menaçantes les unes que les autres.

L'idée d'avoir une voiture propre ne l'avait jamais effleuré. Du moment qu'elle roule. Et elle avance aussi bien sale que propre. Il se souvient pourtant de l'avoir nettoyée, c'était pour le mariage de sa fille, ses femmes lui avaient fait la comédie. Il est vrai qu'elle avait le derrière aussi crotté que ses vaches. Mais il ne voit pas bien le rapport entre la propreté de sa voiture et les trous dans le ciel. Et pourtant il en a vu des trous dans le ciel. Pas plus tard que l'autre soir. La nuit était tombée et il était sorti, comme à l'accoutumée, se soulager au coin de la haie, avant de se mettre sous les toiles. C'était une nuit épaisse, déjà d'automne et il a bien failli s'entropper dans la gamelle du chien qui traînait au pied de l'escalier. Il remballait ses petites affaires quand brusquement il y a eu un trou dans le ciel, la lune a surgi et elle a éclairé tout le coudert. Du coup il a vu qu'il avait oublié de rentrer la voiture dans la vieille grange. C'est qu'elle est frileuse ! S'il doit la laver maintenant que le froid arrive !

Quant à la montée des eaux, c'est un moindre souci pour lui. Ce n'est pas demain que la mer va baigner le pied de ses puys auvergnats. C'est dire qu'il l'attend d'un  pied ferme et léger, la montée des eaux ! D'autant qu'il fait un usage modéré et écologique de l'eau. Ses ancêtres ont inventé les toilettes sèches autrefois, du temps où il fallait tirer l'eau du puits, bien avant les bobos écolos. Et comme dit sa femme, il ne fait pas grand mal à la salle de bains qu'il

 

 

 a fallu faire, à grands frais, pour sa fille.

 

Il est davantage tracassé par cette histoire de taxe sur le charbon. On lui a bien dit que ce n'était pas un impôt nouveau, que les impôts n'augmenteraient pas et que, de toute façon, on lui rembourserait le montant de la taxe. Mais pour son portefeuille, taxe égale impôt, et il n'a pas l'intention de prêter, sans intérêt, de l'argent à l'État. Il est vrai qu'il se chauffe au bois, pas au charbon de bois, mais il y a cette voiture, encore, et le tracteur, et le prix du carburant qui va augmenter. Et comment le percepteur saura combien il a consommé ?  Le charbon, en Auvergne, on connait. Il y a eu des mines, à Brassac, à Messeix, à Saint Eloi les Mines, et tous les bougnats, à Paris, Bois et Charbons. Et ces livraisons à dos d'homme, dans les rudes escaliers parisiens de bons et gros sacs de cinquante kilos. Et cette poussière crasse mêlée de sueur qui pénétrait jusqu'au fin fond des poumons. On lui dit de prendre les transports en commun. Lesquels ? Il y a bien longtemps que l'autobus ne passe plus, qui emmenait les femmes à la ville, avec leurs poules, leurs ?ufs, leur beurre et leur fromage, le chèvreton, mi-chèvre, mi-vache.

Il se pose donc beaucoup de questions, il en est tout retourné. Il se fait du mauvais sang, bonnes gens. Une bonne nouvelle quand même. C'est à propos de la grippe dont on cause tant. Pour la prévenir et l'éviter, il faut utiliser une solution hydro-alcoolique, ou alcoolisée. Il est allé regarder dans le dictionnaire du petit. Il a été rassuré. Voilà bien longtemps qu'il a commencé sa cure : tous les midis, un pastis, et deux le dimanche. Pas beaucoup d'eau dans le verre, le reste, du Ricard. C'est hydro-alcoolique. Et il  a, en réserve, une bouteille de rhum, le bon vieux Négrita, avec la négresse qui a une tête sympa, « produit des meilleurs sucres des cannes à sucre des colonies françaises » dit l'étiquette. Pour le cas où.

 

Quant à moi, je m'interroge aussi, quoique auvergnat par raccroc, comme celui qu'on a vu se faire chambrer par un ministre. Je deviens un vieux fossile, sans beaucoup d'énergie. Si je me fais incinérer, mes héritiers devront-ils payer la taxe ? Quelle en sera l'assiette ? Ces questions me taraudent, je vais les poser à mon percepteur.

 

L'Homme est plein d'interrogations, et c’est ainsi qu'Allah est grand.

 

 

 

 

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