AVRIL 2012 1ère partie

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AVRIL  2012

 

De sainte Sandrine à saint Paterne

 

Chronique agreste

 

La France est aux champs. Une envie de campagne, de fleurs, de petits oiseaux, de jardinage ; les magasins spécialisés sont en effervescence, on achète n‘importe quoi, on sème à tout vent, on replante, on transplante, on se fie aux mirobolantes étiquettes, on oublie que les saints de glace nous attendent au tournant, on taille à qui mieux mieux. Oubliés les conseils de prudence des anciens, les judicieuses recommandations des vieux almanachs ou du « Chasseur français » qui nourrissait nos lectures dans la cabane du jardin du vieux jardinier. A nous les légumes, les petits fruits, les haies protectrices qui isolent du voisinage !

Et puis cette campagne nous donne une forte envie de plein air, de sortir, de nous rassembler, de crier de concert, voire de brailler, aussi de chanter de mâles chansons, de nous congratuler, de trouver que nous sommes les meilleurs et que rien ne saurait nous résister, de brandir des étendards, des banderoles qui claquent au vent, à la bise bien piquante, de lâcher des ballons de baudruche qui emportent des rêves, des illusions, des promesses, des espoirs.

 Alors on choisit le lieu qui paraît le plus propice. Pour les uns, une plage méditerranéenne. Quoi de mieux que la Grande Bleue pour de grands desseins. Pour d’autres, la grande ville, la capitale, pour des ambitions de même métal. La place de la Concorde et ses fontaines, ces fleuves sans cesse renouvelés, et l’obélisque, et le souvenir de la grande roue récemment démontée, symbole de la vie qui tourne. La place de la Concorde, ancienne place de la Révolution où furent guillotinés Louis XVI et Marie-Antoinette, aussi Danton, et bien d’autres. Ou, pour d’autres, l’esplanade du Château de Vincennes, château où furent emprisonnés Voltaire, Diderot, aussi Auguste Blanqui, Armand Barbès, Raspail. Leur esprit y flotterait-il encore ?

Mais d’aucuns choisissent d’autres lieux aussi symboliques : le Zénith de Paris, le zénith, pour un avenir meilleur ! Ou se réfugient dans des arrières salles, de minables bâtiments préfabriqués, au chauffage parcimonieux, au fond de cours improbables. Et quel meilleur lieu qu’un gymnase pour montrer ses muscles ?

Des qui ont été bien embêtés, ce sont les Parisiens. Comment se rendre, au moins partiellement, à chacun de ces meetings ? Ils ont trouvé la solution : le Marathon de Paris. Ils sillonnent à la course à pied les rues de la capitale. Ils étaient 40000 en ce jour frisquet. Les derniers pourront toujours regarder le spectacle à la télévision, en se réchauffant d’un bon grog.

Ne nous lassons pas de cette campagne, encore cinq tours à tenir. Deux pour les présidentielles, deux pour les législatives. Et le Tour de France qui réconciliera tout le monde, trois semaines à l’unisson, des supporters dopés au rosé, à la bière et au saucisson de pays, dans de magnifiques paysages.

 

Pendant ce temps, une municipalité de la région parisienne paie des porteurs, postés au pied des tours HLM de dix étages pour pallier la défectuosité des ascenseurs complètement hors d’état de fonctionner.  Heureuse initiative qui évite de couteuses réparations et procure un travail à des chômeurs. Renonçons aux disgracieuses, aux encombrantes et bruyantes valises à roulettes, réemployons les porteurs de nos gares, avec casquettes et pourboire. Refusons les machines distributrices et automates de nos modernes bureaux de poste, exigeons le retour des guichetiers et guichetières. Souvenons-nous que sous leur air grognon et souvent peu amène sommeillait un fonctionnaire. Trouver à qui parler, même pour décharger sa bile, valait mille fois mieux que la froide inertie de leurs sacrés engins électromécaniques à la méprisante  indifférence. Ah l’heureux temps des préposés !   

 

A propos de meeting, faisons dans la nostalgie :

 « Le grand métingue du métropolitain (1887) », chanson, paroles de Maurice Mac Nab, musique de Camille Baron

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« J’ai jamais vu plus chouette métingue

Que le métingu’ du métropolitain.

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Souviens-toi des géants de quarante-huite

Qu’étaient plus grands que ceuss d’au jour d’aujourd’hui

Car c’est toujours l’pauvre ouverrier qui trinque

Mêm’qu’on le fourre au violon pour un rien.

C’était tout d’même un bien chouette métingue

Que le métingu’ du métropolitain ! »

 

Vous entendrez la chanson sur dailymotion, chantée par Marc Ogeret.

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Publié dans Chroniques

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