CHRONIQUE 47

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CHRONIQUES  2009

 

 

 

QUARANTE – SEPTIEME  SEMAINE

 

 

 

De l’automne et de ses conséquences. De la zoologie et même de l’entomologie. Blaise Pascal, Jean de La Fontaine, Sartre, la mimolette. Robert le Pieux, Gotlieb dit Gotlib. La lutte biologique. L’appétit de la petite bête chinoise. Paul Dukas et les châtiments corporels. Grandeur consécutive d’Allah.

 

 

L’automne est bien là. La mésange se rapproche des humains. Le cèpe se fait rare. L’Auvergnat envisage de mettre un deuxième tricot, au petit matin. Il fait remplir sa cuve de fuel, en vue des prochains frimas et avant la prochaine et fatale augmentation. C’est une règle qui ne souffre pas d’exception : quand le thermomètre baisse, le prix du fuel augmente. L’Auvergnat descend à la Caisse d’Epargne mettre ses économies au chaud, car il craint le gel de ses avoirs. Le beaujolais nouveau est arrivé et nous abreuve, de sa pub. Mais laissons l’automne, ses brouillards et ses violons longuement pleureurs. Il a encore de beaux mauvais jours devant lui, nous y reviendrons.

 Aujourd’hui, je parlerai des petites bêtes. Pour Darwin Charles et ses descendants, le monde animal comprend, en gros : les grosses bêtes, les bêtes, les petites bêtes et les minuscules bêtes, ou très petites bêtes. Les grosses bêtes sont souvent préhistoriques, du style dinosaures, dont le diplodocus qui marchait avec la queue relevée, non pour le plaisir et par exhibitionnisme, mais pour l’équilibre. Les bêtes, vous en connaissez, regardez autour de vous, elles vous sont familières. Je n’en dirai rien, il y aurait trop à faire. Les très petites bêtes sont comme le ciron, ou tyroglyphe de la farine, en fait l’artison, qui œuvre à l’affinage du fromage,  pris en exemple par Blaise Pascal[1] et cité par Jean de La Fontaine[2], ou comme le prédateur des lits, autre acarien, dont les photos vous convaincront définitivement de dormir, nu comme un ver, à la belle étoile[3]. Ou la puce électronique qui agite ses neurones dans votre ordinateur, par milliards, et vous indique l’heure, le nord, l’âge du capitaine, les cours, à la bourse,  de la banane plantain et de la mimolette, qui se souvient parfaitement, et c’est du plus grand intérêt, que la marquise de Deffand était née Marie de Vichy-Chamrond, ou que Sartre Jean-Paul avait vécu jusqu’à la fin de sa vie en compagnie d’un castor.

 

Laissons. Je parlerai des petites bêtes. Non, pas de la petite bête qui monte qui monte, encore qu’elle ne manque pas d’intérêt, dans un registre autre que scientifique. Mais, précisément, de la coccinelle, la coccinella 7 punctata, la coccinelle rouge à sept points, notre bête à Bon Dieu bien de chez nous, qui, sous Robert le Pieux, a sauvé  de la décapitation un innocent en se posant obstinément sur son cou, attirant l’attention du bourreau, et appelant ainsi la grâce du roi. Celle qui annonce le beau temps lorsqu’elle écarte ses élytres et  s’envole du bout de votre doigt, droit vers le ciel. L’élytre devin, en quelque sorte. Celle qui apparut un jour dans les dessins de Gotlib, notamment dans son œuvre monumentale, la série Rubrique-à-brac[4], jouant du violoncelle, du pipeau, sautant à la corde, se tordant de rire, commentant l’humour souvent décadent de l’auteur, vivant sa propre vie dans les marges de la bande dessinée. (Vous noterez que l’auteur prend quelques libertés avec le nombre de points de l’intéressée.)

Mais le plus grand mérite de notre animal est l’appétit considérable de sa larve et sa prodigieuse consommation de pucerons. Les jardiniers ont bien compris l’intérêt de l’élevage de larves. Les écolos ont applaudi,  mais les scientifiques ont trouvé encore plus fort que notre 7 points. Les écolos ont applaudi, enfin la lutte biologique ! On a donc élevé et répandu à grande échelle les larves d’harmonia axyridis, coccinelle chinoise. Applaudissements des écolos.  Le résultat a dépassé les espérances. Non seulement les pucerons disparaissent, mais également les bêtes à Bon Dieu. La coccinelle aux yeux bridés est invasive. Elle s’est sauvée de Belgique. Elle a atteint le val de Loire, l’Alsace et la Lorraine, la vallée du Rhône, la Provence et les larves de notre coccinelle à 7 points succombent en nombre. On a vu  des chinoises à Sion, dans le Valais.[5] Elles vont grignoter les glaciers. Les écolos se lamentent. Qui, dorénavant nous dira le beau temps ?

Notre bon Jean de La Fontaine en ferait une fable. Paul Dukas, d’après Goethe, composa le scherzo de l’Apprenti sorcier. Nous, on attend le retour du magicien, avec la gifle sonore des quatre dernières notes du morceau.

 

Un député voulait donner une fessée à une écrivain de prix qui avait mal parlé, selon lui. Une député a proposé qu’on interdise ce châtiment corporel. Heureusement, il nous restera le coup de pied au cul.

 

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

 



[1] Pensées, no 72, édition Brunschvicg, « disproportion de l’homme », « Qu’un ciron lui offre dans la petitesse de son corps … il pensera peut-être que c’est là l’extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là un abîme nouveau. »…

[2] Fables, livre premier, no 7, « La besace »

[3] Cf. www.futura-environnement.com

[4] Dargaud éditeur. Voir aussi les aventures de Gay Luron, aux éditions Fluide glacial

[5] J’ai personnellement rencontré, sur les hauteurs de Zermatt, des randonneurs, avec appareils photos surdimensionnés, bâtons disproportionnés et chapeaux ridicules, qui, à l’évidence, étaient des harmonia axyridis en mission de reconnaissance. Je regrette maintenant de ne pas les avoir écrasés d’un bon coup de talon.

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Commenter cet article
J
<br /> L'entomologie est décidément à l'honneur en ce temps automnal limousin !<br /> A la B.F.M., comme dans la crypte des Jésuites deux expositions remarquables sur "des insectes et des hommes"<br /> Actualité encore avec la vaccination contre ces infiniment petits qui passent du cochon à l'oiseau sans oublier femme et homme ... à l'image de Dieu !<br /> Qui est grand dans tout cela ?<br /> <br /> <br />
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