CHRONIQUE 52
CHRONIQUES 2009
CINQUANTE - DEUXIEME SEMAINE
Noël, Noël, Noël ! Chantons Noël, les noëls de Raoul Ponchon. Les Noëls des Grands de ce monde, les noëls des bêtes et du petit Jésus. Noëls de pauvres. Et le soin des seins. Grandeur consécutive d'Allah.
Chantons Noël, non pas le Père, mais le Fils. Non le Père Noël, le V.R.P. de la Société de Consommation, avatar de Saint Nicolas[1] revu et corrigé par Coca-Cola, mais le Fils, né dans la crèche.
Chantons Jésus[2]. Chantons-le avec Raoul Ponchon, poète chroniqueur, du temps où les journaux publiaient des bouts rimés, de la poésie. Ponchon, ami de Jean Richepin.( Ils font tombe commune dans un cimetière de Bretagne). Ponchon qui eut, sa vie durant, d'excellentes fréquentations : Villers de l'Isle-Adam, Coppée, Verlaine, Mallarmé, Rollinat, Heredia, entres autres. Et les bistros, où la muse verte, l'herbe sainte, en un mot, l'absinthe qui fut sa fidèle compagne, le conduisit jusqu'à quatre-vingt neuf ans. Mais il n'était pas ce que l'on croit ordinairement, le poivrot bon vivant de la « Muse au cabaret ».[3] Raoul Ponchon sut renouer avec la verve des noëls populaires. En voici un, noël de bêtes, du temps où les bêtes parlaient.
Extraits :
Or donc quand l'Ange eut claironné
Dans le ciel à la ronde,
Que l'enfant miracle était né
Pour le salut du monde,
Tous les animaux à la fois,
De tout poil, tout plumage,
Quittant leurs déserts ou leurs bois,
Lui rendirent hommage.
…......................
Le lion fut conquis du coup,
Lui lécha les menottes ;
Le tigre ronronna ; le loup
Lui montra les quenottes.
…...........................
Le rhinocéros, Dieu merci !
A de la peau de reste ;
Il donna de la sienne aussi,
De quoi faire une veste.
…..........................
La poule lui pondit des œufs
Dans la main. Les abeilles
Déposèrent un miel des Dieux
Sur ses lèvres vermeilles.
….......................
Enfin chacun à qui mieux-mieux,
De ces naïves bêtes
Faisait sa cour au roi des Cieux,
Quand, sur ces entrefaites,
Parut un être sur le seuil...
Il avait l'air du singe
Et suait le vice et l'orgueil ;
Avec ça, trop de linge.
L'Enfant pensa se trouver mal,
Se blottit sur sa couche,
-« Non, non, pas de cet animal !
- (Dit-il d'un ton farouche.)
-
C'est l'Homme ! Je vois que c'est de lui,
A mon cœur qui se serre,
D'où me viendra tout mon ennui
Et toute ma misère. »
Laissons Jésus et ses malheurs. Parlons des nôtres. Quelques uns de nos dirigeants nous ont fait croire au Père Noël avec leur grand raout danois. La belle affaire, ils ont mis quinze jours pour organiser un banquet où une vingtaine des « grands » de la planète ont longuement devisé, dans une ambiance détendue, nous a-t-on dit. Ils ont porté moult toasts, à toi, à moi, à eux, à Celsius, à Centigrade, à la banquise et à l'ours polaire, aux Marquises, aux Maldives et aux marquis, à Ponce Pilate, à Judas et à Faux-Cul, à Qui perd gagne, à Je te tiens tu me tiens par la barbichette, à Après nous le Déluge, aux trous, à l'ozone, aux couches, au carbone. Aux Négrillons. On fera mieux la prochaine fois et à l'année prochaine. A Dieu vat ! Les Verts en ont vu de toutes les couleurs.
Mais, quand la mer monte, ne nous laissons pas abattre.[4] Reprenons notre Raoul Ponchon :
Le môme Jésus vient de naître !
Criez cela par la fenêtre ;
Faites en part à vos amis
Comme aussi à vos ennemis,
Le môme Jésus vient de naître !
Ou encore :
Non, le Dieu ne vient rien changer,
Si nous n'avons rien à manger,
Les autres pourront se gorger.
Ce Dieu nous dit dans son langage :
Toi qui n'a rien pour tout potage,
Mange peu, mâche davantage.
Et enfin :
Il faut hélas ! Pauvres de nous !
Qu'il y ait sur la terre
De petits enfants sans joujoux,
Et pourquoi ça ? Mystère.
Ah ! Des joujoux, vous voudriez
Pauvre race damnée ?
Ayez donc d'abord des souliers ;
Voire une cheminée.
Louons Ponchon, imitons-le, dédions lui ce pastiche pour son anniversaire (le 30 décembre). Sur l'air de « il est né le divin enfant... »
Refrain
Quel beau cadeau ILS nous ont fait
Pour Noël, il fait bon l'entendre !
ILS ont décidé, c'est parfait,
Qu'il était très urgent d'attendre..
Couplet 1
Voilà l'ours blanc fourrure à l'air
L'esquimau qui fond à vue d'œil ;
Le manchot joue la fille de l'air,
De la banquise il fait son deuil.
Au refrain
Couplet 2
Le rhino, pourtant point féroce
Et le négrillon famélique
Vont bientôt nous chercher des crosses
Et se mêler de politique.
Refrain (nouveau)
Oh ! Bon Dieu, où s'en est allé
Jésus ? Dis-nous, où crèche-t-il ?
Les Rois Mages déboussolés,
Sans l'Etoile, se font de la bile
Couplet.
Quel beau cadeau ils nous ont fait
Pour Noël, il fait bon l'entendre !
Leur grand banquet était parfait.
Les pauvres ont faim, qu'ils attendent !
Refrain (re-nouveau)
Le grand raout finit en bide.
Dans son désert, le négrillon
Crève de faim sous un ciel vide.
Et nous, nous faisons réveillon.
La femme moderne est à la mode. La mode est au vaccin. Et aux seins fermes. Pour ce faire, pratiquer régulièrement l'exercice suivant : prononcer X'SSS plusieurs fois de suite, en maintenant le son SSSS. A la toilette, au bureau, dans les salles obscures, en ville et à la campagne, au lit. Pratiquez, pratiquez. On ne connait pas de plus saine pratique pour fortifier le peaucier.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand.
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[1] Notons la disparition du Père Fouettard. En effet, suite aux nombreuses plaintes de parents et d'adultes, (en leur qualité d'anciens enfants), de députées même, ( Et L'U.D.F., l'Union des Fouettards l'a disputé au R.P.F., Rassemblement pour la Fessée), le Père Fouettard a été accusé de mauvais traitements sur mineurs non consentants et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Son martinet a été confisqué, il est employé maintenant à des usages plus festifs. On n'est pas près de revoir le bonhomme.
[2] Et pardonnons-lui d'avoir chassé les Marchands du Temple. Ils ont essaimé dans le monde entier; ils ont crû et multiplié, égorgeant nos fils, nos compagnes et vidant nos porte-monnaie.
[3] Fasquelle éditeur, 1920. Éditions Grasset, 1998 .
[4] Quand la mer monte, paroles et musique de Jean-claude Darnal, 1968 Déesse-septentrion, du film éponyme de Gilles Porte et Yolande Moreau