MAI 2012
Deuxième quinzaine
Chronique progressiste
Aujourd’hui nous parlerons du Progrès. Chacun le constate, l’Homme progresse, l’Humanité progresse.
Souvenez-vous des barbecues au feu de bois devant la caverne ! Nous avons maintenant le barbecue à gaz, vous pouvez cuisiner en costume estival du dimanche, chemise et pantalon blancs. Pas de fumée nauséabonde et l’allumage instantané dispense de la corvée de bois. Reste l’odeur des sardines grillées du voisin, les jours où le vent est mal disposé.
Souvenez-vous de la seille en bois pour chercher l’eau au puits ! Le moderne seau en plastique l’a avantageusement remplacée, comme il s’est substitué à l’outre en peau de chèvre. Les femmes du Sahel sont ainsi fort heureuses de transporter sur de longues distances l’eau nécessaire à leur famille dans des bidons colorés, quoique délavés par le soleil.
Souvenez-vous de l’âne, le bourricot de là-bas autrefois bâté de couffins tressés main. Le voilà harnaché de matière caoutchoutée de plus lourde contenance encore. Il s’en plaint de concert au petit matin, attaché à son piquet, mais trottine, brave bête, jusqu’au soir en ployant sous la charge.
Parmentier a inventé la pomme de terre; un Auvergnat, évidemment, a inventé l’Econome, nous en avons parlé autrefois. Et l’armée française eut été bien inspirée de doter ses trouffions de ce génial instrument. La corvée de pluches en eut été grandement facilitée, partant le moral des troupes eut été meilleur et nous ne nous serions pas enlisés dans de mauvaises guerres. L’Auvergnat est en effet un homme de progrès et de science. Nous lui devons la calculatrice, le saint-nectaire, le bleu, le cantal et la fourme d’Ambert. Aussi l’eau chaude et les vierges noires, la pastille Vichy-Etat, la sandale en plastique, Bibendum et plusieurs Présidents, dont un encore en verve, quoique chuintant.
Enfin, progrès considérable, l’Homme a inventé l’atome, le réacteur nucléaire et la manière de s’en servir, notamment pour produire l’eau chaude, qui comme chacun le sait est un sous-produit de l’électricité, en gros. Il en élève des crocodiles et des alligators, des gavials même, qui s’accommodent fort bien sous nos climats de cette eau dont on nous dit qu’elle n’est pas radioactive.
Et que dire de l’invention de la kalachnikov ? Voilà un outil rustique, adapté à tous les terrains, qui fonctionne dans l’eau, le sable, la boue. Qu’on démonte et remonte les yeux fermés. D’un maniement facile, que l’on peut mettre entre toutes les mains, des plus enfantines aux plus expérimentées, sans doute peu précis pour le tir à longue distance mais qui permet d’arroser copieusement et efficacement à moins de deux cents mètres. Un instrument à un prix abordable tant il a été copié, que l’on trouve facilement dans le commerce spécialisé, très utile pour les règlements définitifs de comptes. Son inventeur, Mikhaïl Kalachnikov fut l’homme le plus décoré de l’URSS, ce ne fut que justice. « … tout ce qui est utile est simple. » aurait-il dit en parlant de son invention. On en revient à l’Econome …
Progrès toujours. Des édiles auvergnats en mal de ressources touristiques ont inventé la construction d’un train à crémaillère, le Panoramique des Dômes, escaladant le Puy de Dôme jusqu’à son sommet. Des spécialistes suisses, c’est dire le sérieux de l’affaire, ont conçu et réalisé ce projet mirifique. On en escompte d’importantes retombées, pensez donc et imaginez : l’engin peut transporter 1200 personnes à l’heure ! Mille deux cents ! Le 26 mai dernier, première montée, avec l’enthousiasme des pionniers. C’était sans compter sur Mercure, le Mercure du temple gallo-romain édifié au sommet vers 140 avant Jésus-Christ, le dieu du commerce, des voyageurs et des voleurs. On avait oublié d’offrir les libations ! Et puis tout ce monde ! Faire du commerce sans doute, mais à échelle humaine, avec muletiers et pèlerins cheminant à un rythme montagnard, celui qui permet le recueillement, la réflexion, le retour sur soi, la communion devant la beauté de la nature, et le casse-croûte saucisson rosé d’Auvergne. Et non ces masses déferlantes et tapageuses. L’autre mercure, celui du baromètre de Torricelli cher à Blaise Pascal s’est mis aussi de la partie. Nos deux mercures donc n’ont pas apprécié ; ils ont voulu donner une bonne leçon aux intrépides inconscients qui avaient l’intention d’introduire les marchands dans le Temple. Et l’orage a éclaté, les trombes d’eau dévalant la pente, emportant une partie de la voie, inondant des locaux. On ne se méfie jamais assez des dieux et de la physique. Voilà nos modernes pionniers échoués au sommet du puy, attendant les secours, implorant, mais un peu tard, la clémence du Dieu. Et du baromètre. Les édiles ont pris la sage décision de remettre l’inauguration à une date ultérieure.
Autre progrès : la parité hommes-femmes. Dans les fonctions élevées seulement. Qu’on se rassure, nous aurons encore la dame-pipi, la récureuse de gamelles, la souillon, la petite main, la commis aux écritures, la guichetière, la cigarière, la femme-tronc, la retoucheuse. Aussi l’écailleuse de sardines, l’emballeuse, l’hôtesse d’accueil et la plante verte, et j’en oublie. Fonctions élevées donc. A ce niveau, l’Homme n’a plus une moitié mais un double. Je sais, c’est compliqué au niveau mathématique. Conséquence de ce progrès, au gouvernement, 34 ministres ou assimilés, moitié hommes, moitié femmes. Un peu comme sur l’Arche, mâles et femelles à égalité, pour mieux voguer sur la crise sans doute. Certainement pour se rassurer, la plupart de ces dames se sont adjoint essentiellement des hommes, dans leur cabinet.
Que de progrès ! Un dernier : en Syrie, on emploie des chars d’assaut pour tuer les enfants ! Peut-être cinquante d’un coup aux dernières nouvelles. Kalachnikov est dépassé. On tue la révolution dans l’œuf, on l’éradique à la racine, on terrorise les « terroristes », on assadsine
N’oublions pas les progrès de l’Hygiène. Nouvelle norme à Pékin : pas plus de deux mouches dans les toilettes publiques. Inventons le papier toilettes tue-mouches.
Mais assez parlé du Progrès. Nous parlerons du « Grros pè », dans une prochaine rubrique carminative.
P.S. : Voltaire est décédé le 30 mai 1778. Nous ne l’oublions pas. Et nous avons eu deux séismes, en Italie, et à TF1 que Laurence Ferrari va quitter.
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