Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 13:38

Décembre 2011

 

CHRONIQUE AUSTERE

 

 

Ce mois de décembre a été placé sous un double signe.

D’abord  le signe du blanc, en avance sur janvier. Début décembre, marche blanche. Vous l’avez déjà oublié ce petitou dont la turbulence irritait le père, martyrisé dans le tambour du lave-linge familial. On a défilé en sa mémoire, une foule tout[1] émue, bien serrée pour conjurer l’horreur, révoltée par cette barbarie. Et on s’est souvenu des petiots trouvés dans les réfrigérateurs, les congélateurs, les sacs poubelles et les dépôts d’ordures, noyés dans les étangs, les rivières, les puits. De ceux tués, à petit feu, par des travaux surhumains dans les mines, dans des ateliers et usines, tués de faim aussi. Ou à grand feu, enfants-soldats sans âme, privés d’enfance et d’innocence, bonnes gens.

En fin de mois, blanc aussi. La neige est arrivée en montagne. Il était temps, les stations craignaient le pire. Imaginez des vacances à la neige sans neige ! Comment les skieurs auraient-ils dépensé leurs économies ? Que faire à la montagne en après skis,  sans ski. Pas de queues aux tire-fesses : d’aucuns auraient déclaré forfait. Un comble, on serait revenu sans être hâlé, sans avoir  ces hublots blanchâtres autour des yeux, à quoi on reconnait le vrai pisteur de noires, de pistes noires s’entend.

Nos chefs aussi ont repris leurs ascensions des Sommets. Cette fois ils ont frôlé les précipices, il a fallu qu’ils se ré-encordent plus solidement. Apparemment, l’Allemagne était première de cordée. L’Anglais a abandonné la partie, son pied marin n’est pas montagnard, osons le dire. En matière d’escalade pourtant qui ne se souvient des pionniers anglais, Edward Whymper, vainqueur de la Barre des Ecrins, de l’Aiguille verte et premier au  Cervin, Horace Walker dont une pointe des Grandes Jorasses porte le nom, et  sa sœur Lucie, première femme à avoir vaincu le Cervin et l’Eiger ?

 

Et l’on nous a reparlé d’austérité, pour nous placer sous son signe. Ce n’est pas l’austérité qui gêne l’Auvergnat. Il la connait bien et l’a toujours pratiquée. Il l’a sous les yeux chaque jour. Voyez ces vierges noires romanes, des femmes rudes, solidement charpentées. Elles tiennent l’enfant Jésus d’une main ferme, bien serré dans leur giron. Des mains habituées aux travaux des champs, des mains larges comme des battoirs. Elles présentent l’Enfant à la populace, sans émotion apparente, d’un regard qui va bien au-delà de vous, où perce parfois une tristesse. On comprend qu’elles savent déjà ce que l’Homme fera de cet enfant, plus tard.  Elles ne sont guère maternelles, austères qu’elles sont, conscientes de l’importance de leur don. Il faudra la Renaissance pour voir des mères sourire et materner leur enfant, comme la Vierge du Marthuret à Riom. Et qu’elles sont austères aussi ces églises et cathédrales de lave et ces planèzes enneigées déja sous un brouillard glacé et cette plaine de Limagne et son loess gras rendu  d’un noir plus profond encore par l’humidité de cette fin d’automne. Et il se souvient des femmes de sa jeunesse, les veuves de 14-18, toujours en noir, et les autres, en noir également, orphelines, ou portant le deuil d’un oncle, d’un frère, de leur vie de femme. Il a connu l’austérité des difficiles fins de mois, l’austérité des fêtes, dans ce pays où les riches ne sont que des pauvres moins pauvres. Et l’austérité de la grand’mère calviniste, « raide comme la justice de Berne ». Et même l’austérité de la Caisse d’Epargne de sa petite ville, où l’argent reposait sans bruit, dans un silence religieux, troublé de temps en temps par un cliquetis de clef de salle des coffres ou un chuchotis derrière un guichet-confessionnal. Et l’austérité des mœurs. C’est assez dire que l’austérité et la rigueur, il en fait son affaire.

Mais il voudrait bien comprendre. Il a vécu fort longtemps sans se soucier des agences de notation[2], il ignorait tout de leur existence. Il savait bien que tout était inscrit quelque part dans le Grand Livre et il notait lui-même à sa façon  les élus et les gouvernements. En bon citoyen, il faisait savoir son mécontentement, le moment venu. Mais il était loin de se douter que des Agents[3] notaient son pays, son gouvernement, sa banque, sa société d’assurances, que sais-je, son président de conseil général, son maire, son responsable du club bouliste, peut-être lui-même et sa façon de consommer, et qu’ils pouvaient faire et défaire les gouvernements en son lieu et place, au mépris de la démocratie.

 On lui a dit qu’il fallait à tout prix conserver le triple A (AAA), d’où l’austérité et la rigueur. Au troisième plan, rien n’y a fait, le triple A est sérieusement menacé, on parle de double A, ou de triple A moins, ou de double A plus, comme cadeau de Noël ou de début d’année. Du coup, on nous dit en haut lieu que l’on pourrait vivre sans AAA. On s’en doutait. Mais rigueur et austérité continuent de s’imposer. L’Auvergnat est d’autant plus perplexe qu’il apprend qu’un célèbre footballeur va travailler à Paris pour un salaire mirifique, tous frais payés, alors que l’on n’est même pas certain qu’il sache encore taper dans un ballon.

 

Pendant ce temps la vie va son train. A la suite d’un big-bang de la SNCF, les trains sont maintenant « cadencés ». Ce qui est un grand progrès nous a-t-on dit. En effet. Cherchez Limoges-Poitiers sur le site adéquat. Un ordinateur vous proposera, entre autres, un voyage via Châteauroux, puis bus, en 3heures 39, ou par Vierzon-Tours en 4heures 46, ou via Angoulême en 3heures 13. Aussi directement, mais avec arrêt au Dorat, en 2heures 18. Prenons le train en cadence et plaignons l’ordinateur abracadantesque de la SNCF.

Arrivent Noël et les cadeaux. Achetons les jouets de production française. Votre porte-monnaie s’en portera mieux et vos petits enfants apprécieront, soyez-en certain le cheval à bascule, les toupies en bois, les puzzles de même métal, les crécelles et les billes en terre. Et vous ferez grande économie de piles, notamment les AAA[4].

 

Vaclav Havel nous a quittés. Il s’était élevé contre un régime qui érigeait la peur en mode de gouvernement, qui asservissait politiquement et moralement la société et peu à peu démoralisait chacun au point de lui faire perdre tout espoir de changement, chacun devenant victime et support du système. Il avait prôné « le pouvoir des sans pouvoirs,  et la « révolution de velours » avait libéré son pays. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le [le tyran] poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre »[5]

Dernières nouvelles :

Kim Jong-il, ou Kim Jong-II vient de décéder officiellement. Lui succède Kim Jong-Un ou Kim Jong-I[6]. Encore un peu de patience et les Coréens pourront applaudir Kim Jong-O, ou Kim Jong-0 et, enfin, plus du tout de Kim Jong. « Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finira toujours par se lever »[7]

La veille de Noël, une trainée lumineuse est apparue dans le ciel en fin de journée. Les Rois mages ne se sont pas laisser abuser et leurs chameaux n’ont pas levé le sabot. Dans leur grande sagesse, ils savaient qu’il s’agissait de la retombée des débris d’une fusée Soyouz. D’ailleurs il y a bien longtemps qu’ils ne récoltent plus la myrrhe et l’encens. Mais l’or reste une valeur sûre, le noir surtout.

Cuisinez vos citrouilles, elles vous donneront d’excellentes soupes de potiron. Par ces fraîcheurs, faites de la soupe de gaudes. Une bonne écuellée bien chaude arrosée de lait froid vous tiendra l’estomac en repos toute la matinée. Et vous vous souviendrez toute votre vie de la saveur de cette bouillie de farine de maïs grillée avec son lait crémeux.

 

P.S. à la chronique de novembre : l’Auvergne doit également à la Grèce la saucisse de choux dont la recette aurait été rapportée par des colporteurs d’Arconsat,[8] dans les années 1850-80.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Accord de tout, adverbe. C’est un coup de Vaugelas et de l’Académie qui voulaient faire leurs malins. Mesdames, attention, pas de méprise, Ecrire à son chef, pour les vœux : « je suis tout à vous », ce n’est pas  écrire : « je suis toute à vous ». En cas d’hésitation, ne pas  envoyer vos vœux.

[2] L’agence Standard and Poor’s me paraît fort bien porter son nom, pour les poors surtout.

[3] Mais que sont devenus l’agent voyer, l’agent de la circulation, l’agent de recouvrement, l’agent du Trésor ?

[4] Aussi les AA, mais ne confondez pas avec la notation.

[5] Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire.

[6] Il devrait nous donner l’adresse de son coiffeur !

[7] Proverbe kabyle.

 [8]Cf.  montoncel.com

Publié dans : Chroniques - Communauté : partage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 21:05

Novembre 2011

 

 

CHRONIQUE OBEREE

 

 

 

La Grèce est au plus bas, la Grèce est endettée, de tout là-bas au fin fond du Péloponnèse, les caps Matapan et Maléas et l’île de Cythère, jusqu’au plus petit ilot des Sporades du sud, rocher grec jeté à la face de la Turquie. La Grèce fait banqueroute, la Grèce a emprunté à tout va. La Grèce va mal et des barbares prétentieux, arrogants et suffisants se permettent de la tancer.  On a mal pour elle.

Spécialement l’Auvergnat qui partage avec elle les cratères, qu’il a  profonds, (il les remplit parfois d’une eau mystérieuse, ténébreuse et glacée) ou égueulés, dont les pentes adoucies sont propices à l’élevage des moutons, des vaches et des randonneurs (trois modèles : « le vieux campeur », haut de gamme, le « décathlon », amateur averti et le « go sport », plutôt promeneur du dimanche désargenté) .

Et l’Auvergnat n’en croit pas ses oreilles, la Grèce a des dettes ! Alors qu’on lui doit tout, qu’on lui a beaucoup emprunté, mais sans jamais lui  rendre. Elle aurait dû demander des intérêts pour les « prêts » de sa statuaire dispersée dans nos musées européens, Paris, Londres, Berlin, les frises du Parthénon, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo ….

Et bien d’autres dettes encore : que serait-on sans l’alphabet grec, l’alpha et l’oméga ? Sans le phi, pas de philosophes, et sans  philosophe … que serait devenue la Lybie ? Privés d’Aristote, les péripatéticiens tourneraient à vide sous les péristyles. Sans le psy, pas de psys ; sans Œdipe, pas de complexe. Sans Esope, pas de La Fontaine, sans Euripide, pas de Racine. Sans Sisyphe, pas d’Albert Camus. Que serait Baudelaire sans l’Héautontimorouménos ? Et Aristophane où les femmes, seules, refont le monde en appelant la paix ! Sans Eratosthène, pas de mesure de la circonférence terrestre, sans Hippocrate, pas de flegmatique, de mélancolique, de lymphatique, de colérique. Et Homère, et Antigone ! Et l’hippopotame ! Et le talon d’Achille ! Hors, sans talon d’Achille, pas d’Achille Talon ! Aussi la Belle Hélène, et « l’époux de la reine, poux de la reine, poux de la reine, le Roi Ménélas … ». Et le Mont Parnasse où sont les muses, alors que nos poètes furent à Montparnasse : Apollinaire, Desnos, Max Jacob, Cendrars, et les peintres : Gauguin, Matisse, Chagall, Soutine … Et l’Olympe, avec des Dieux qui se mêlent de la vie des hommes, qui trouvent nos femmes agréables, qui interviennent à tout propos, qui soufflent le chaud et le froid et se mêlent de nos petites et grandes affaires. Des déesses parfois aguicheuses, jalouses, guerrières, des demi-dieux, des nymphes partout, des satyres au coin de chaque bois, des exploits herculéens, le tout dans un joli foutoir apparent, comme la vie qui va. Et puis, comme nous dit justement Alexandre Vialatte, comment pouvait-on nager avant le principe d’Archimède ?

Nous devons à la Grèce, Jean Moréas, « Coupez le myrthe blanc aux rivages d’Athènes … », et d’actualité : « O novembre, tu sais que c’est ta feuille morte  Qui parfume mon cœur ». Et Pindare et donc la Pléiade. Aussi l’Elysée.

Nous lui devons des danses, le sirtaki, les syrtos et les pidichtos et Zorba le Grec. Et le komboloi. Et la moussaka et l’ouzo et le café turc et la vraie féta. Accessoirement la démocratie, aussi la politique, et,  l’hypocrisie. Aussi Mélina Mercouri, Cacoyannis, Mikis Théodorakis, Costa–Gavras (Z, L’Aveu, l’Etat de siège et Montand acteur) et Moustaki, le métèque pâtre grec. On peut encore l’entendre chanter, sur You tube, le chant révolutionnaire de Théodorakis « nous sommes deux, nous sommes trois … » Et Nana Mouskouri, chanteuse à lunettes, aussi Demis Roussos, chanteur à barbe. Et « les enfants du Pirée ».

Souvenez-vous du parfum des orangers dans la plaine d’Argolide, entre Mycènes, Tyrinthe et Drépanon, des coquelicots dans les ruines, des dévalades d’escaliers et des bougainvilliers, des portes bleu outremer, des chats, de la moussaka dans la taverne au fin fond de Plaka, des chants orthodoxes dans la petite église, des placettes avec leurs figuiers aux troncs blanchis, la taverne et ses chaises bleues et les tables recouvertes de nappes à pois rouges, des géraniums vivaces …

  

Vous l’avez compris, nous sommes tous  grandement les débiteurs de la Grèce. Nous devons beaucoup à la Grèce …  mais la Grèce doit beaucoup à nos banquiers.

 Les Dieux ont déserté, le Panthéon grec est vide. La Grèce, saisie par la fièvre consommatrice aurait oublié le vieil idéal de l’eunomia, le bon ordre, la gouvernance en fonction des bonnes lois. « Le secours qui ne vient qu’après le mal, et plus lentement, laisse toujours l’état en souffrance : tandis qu’on songe à remédier à un mal, un autre se fait déjà sentir, et les ressources mêmes produisent de nouveaux inconvénients ; de sorte qu’à la fin la nation s’obère, le peuple est foulé, le gouvernement perd toute sa vigueur et ne fait plus que peu de choses avec beaucoup d’argent. »

Purgon et les Diafoirus de la Phynance sont au  chevet de la Grèce. Clystères, purges et saignées. La voilà soumise au régime crétois : sans viande, quelques poissons, l’huile de ses oliviers, le lait de ses chèvres et ses fromages de brebis, les figues, le raisin, les légumes de son jardin, le miel de thym de l’Hymette. Ses misérables retraités, ses fonctionnaires réduits à la portion congrue.

 

Pour le reste, constatons que novembre a été composé de jours et de semaines, divers, et étonnants. Entre autres, nous avons eu successivement la journée de la gentillesse, puis la journée internationale contre la violence faite aux femmes, ce qui prouve qu’il ne faut pas abuser de la gentillesse et qu’elle a ses limites. Femmes, méfiez-vous des gentils ! Aussi la semaine européenne de réduction des déchets. Les Grecs ont apprécié, eux qui, maintenant, mangent leur pomme jusqu’au trognon et élèvent des chèvres aux flancs du Lycabette. Et Pénélope tricote nuit et jour pulls et  cache-nez avec des bouts de laine de récupération.  On confondrait Ulysse avec un vieil Auvergnat tricoté main, bi ou tricolore, à la veille d’un rude hiver.

 

A son procès, Carlos s’est revendiqué « terroriste professionnel ». « Je n’ai pas de regrets personnels pour les victimes innocentes » a-t-il déclaré. On reconnait bien là le vrai professionnel.

 

Opuscule du mois : Aux champs, avec Paul Cézanne d’Emile Zola. Il nous parle de son ami Paul Cézanne, mais pas seulement : « … je souhaite souvent, à cette heure que je suis mon maître, de m’anéantir dans un coin perdu, au bord d’une berge en fleurs, entre deux vieux troncs de saule. Il faut si peu de place à l’homme pour la vie éternelle ! Les vaines disputes de ce monde ne me passionneraient plus. Je me coucherais sur le dos, j’étendrais mes bras dans l’herbe, et je dirais à la bonne nature de me prendre et de me garder. »

 Où le Grec mélange le vin et l’eau. Les flancs de ces kratères sont artistiquement décorés de scènes mythologiques.

Et donc son voisin Hilarion Lefuneste, personnages créés par Greg, Dargaud éditeur

  Ioannis A. Papadiamantopoulos

« Imaste dio, imaste tris … »

  Ce qui prouve que «  Le Pirée » est bien un homme.

  Jean Jacques Rousseau, De l’économie politique, Tome V de l’Encyclopédie

  Le gouvernement grec nourrissait, nous dit-on, des fonctionnaires, nombreux, et des retraités opulents.

41 pages, Editions Rumeur des Ages, (septembre 2011)  

Publié dans : Chroniques - Communauté : partage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 20:52

 

 

 

 

Octobre 2011

 

 

CHRONIQUE D’IMPETRANT

 

 

 

Malgré des douceurs estivales et des températures au-dessus des moyennes saisonnières, ce mois d’octobre aura été un mois de luttes et de fureurs. Et même de luttes finales. Des affrontements entre impétrants, le mot a fait florès. D’aucuns ont en effet empétré, non pas du Prince mais des électeurs, non une charge ou un bénéfice, mais l’avantage et l’honneur d’affronter notre Président lors des prochaines élections. On en a parlé à la télévision.

Octobre est le mois où nous avons gagné de haute lutte la Coupe du Monde de rugby. Enfin pas tout à fait, parce l’arbitre était contre nous et puis nos adversaires n’avaient pas remporté cette coupe  depuis très longtemps, alors …, et puis à un point près, on aurait pu. La consommation nationale de bière s’en est accrue en proportion, et le retour a été triomphal, on avait sorti les Champs Elysées pour l’occasion. Et le Président en exercice.

Et il a fallu lutter encore et encore contre la crise. Nos dirigeants ont repris leur matériel et leurs tenues d’alpinistes et sont repartis d’un pied ferme au bas de la pente, devant les micros, mais de plus en plus hésitant vers les hauteurs, dans les pierriers, et pourtant ils ne manquent pas de souffle ni d’air. Repartis vers les Sommets, à deux ou à plusieurs, encordés et bien souvent sans guide, ce qui a pu s’avérer très dangereux compte tenu de leur inexpérience. Autrefois les alpinistes s’attaquaient aux « K », leK2 fut particulièrement meurtrier, souvenez-vous de Walter Bonatti qui, abandonné à 8000m, faillit ne pas pouvoir redescendre. Maintenant on affronte des « G », le G20 notamment est terrible et tout aussi périlleux.

Et la petite Giulia tout juste née ce 19 octobre, n’a pu entrevoir son papa qu’entre deux portes, pressé qu’il était de retourner au travail au Sommet, sans attendre qu’elle ait fini son premier rôt, sans avoir pu la changer. Plaignons-le ; il ne pourra pas, avant longtemps, lui chanter quelque chanson douce pour l’endormir : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive… ». Avoir une fille et ne pas pouvoir en profiter ! Une enfant si précoce, elle est déjà la zia d‘un neveu plus âgé qu’elle …

Vraie lutte finale en Lybie, ce dictateur sorti de force de son trou d’égout, assassiné sur le champ, cette vision malsaine d’un cadavre exposé à la populace, dont les photos ont fait le tour du monde. Vous avez vu les spectateurs, ont leur avait distribué nos anciens masques H1N1, ainsi intelligemment recyclés. Leurs yeux trahissaient leur joie souvent, mais aussi l’horreur, la gêne, l’inquiétude même.  Lui aussi a été inhumé en cachette, lui aussi dans la mer, la mer de sable.

Et il vous est revenu à l‘esprit le traitement que certains fellaghas ont fait subir à des harkis, la guerre finie, après qu’ils aient été désarmés par l‘armée française dans ce coin des Bibans que vous avez bien connu. Le supplice de Smaïn Benchabane, le chef de la harka, livré à la vindicte populaire, tué horriblement sans jugement. Il avait une petite fille dont les yeux pétillaient de malice et d’intelligence, et un fils, une tête ronde solide, qui le soir lui  apprenait à lire et à écrire le français. Où la vie les a-t-elle emportés, eux qui n’étaient pas nés au bon moment, au bon endroit. La petite Djamila ( ?) avait appris et fredonnait une chanson bien de chez nous qui venait de sortir : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive … » alors qu’elle jouait avec ses copines dans le figuier qui ombrageait la fontaine.

Octobre a été dur pour les pauvres bougres, pour ce Creusois, sans travail et sans argent vivant avec sa mère, qui menaçait de se suicider ne pouvant plus résoudre son problème de chaudière qui ne fonctionnait plus. Quatorze heures pour le raisonner, alors qu’il s’était réfugié dans une chapelle du cimetière de sa commune. Peut-être va-t-on s’intéresser à son sort, maintenant.

Le vent défeuillu est arrivé, ce vent chaud du sud qui tourneboule les têtes et finit en pluies. Il va falloir balayer les prés. Dès la fin septembre on a arrêté l’arrosage des cucurbitacées, et le jardinier prévoyant les a isolées de la terre par un tesson de tuile.

Et on a célébré Georges Brassens. Oui, il est mort. Le 29 octobre 1981, et inhumé le 31. Et chacun est allé rechercher ses disques, pas bien loin, ils sont à portée d’oreilles et tous ont fredonné. Trente ans, c’était hier. Son dernier disque, « Trompe la mort », « …ce n’est pas demain la veille, Bon Dieu, de mes adieux ». Ce fut son dernier spectacle. Il nous avait appris les moustaches et à gratouiller la guitare (mais qu’il avait parfois des accords difficiles !)

Depuis la fin du mois nous sommes sept milliards d’humains sur Terre, dont un bon nombre d’inhumains, voir plus haut.

 

Opuscule du mois : D’un nouveau complot contre les industriels Stendhal, Editions du sonneur, où l’auteur s’élève contre la suprématie de l’industrialisme et la prééminence que s’arrogent les puissances d’argent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On ne cultive pas assez les cucurbitacées. C’est un mot magnifique, aussi beau qu’impétrant.

La maman de la petite Giulia a dû chanter «  Fernande ». On la trouve encore sur You tube

Publié dans : Chroniques - Communauté : partage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 20:49

 

 

Septembre 2011

 

 

 CHRONIQUE DES BEAUX JOURS

 

 

 

Septembre finit en été, en canicule. C'est assez dire que le chasseur et son chien en sont tout tourneboulés. Ils battent en vain la campagne, la truffe et le gosier secs. Ils errent à tâtons dans les taillis, en vain. Le gibier se terre au plus profond du frais et refuse d'en être délogé. En ville, les collégiens suent sang et eau sur d'arides exercices et attendent, dans la morosité et la moiteur ambiantes, l'heure de la sortie. Et l'on regrette avec eux les antiques problèmes de robinets et de baignoires dispensateurs d'un peu de fraîcheur.  Le gouvernement en profite pour taxer et surtaxer les sodas bien frappés, afin de combattre l’obésité de la dette.  

Ce beau temps extrême est propice aux défilés. Ceux des enseignants et des parents d'élèves, bien sûr, qui protestent en tenue estivale contre le sort que subit l’Éducation nationale, personnels publics et privés pour une fois unis dans la même revendication. Sur leur passage, les limonadiers mettent les bouteilles de rosé au frais ; le rosé, qui ne fait pas grossir, se porte bien cette année. Défilés de mode également, celle de l'été prochain, mais ce sont en fait des vêtements tout à fait d'actualité. Dans le même temps, sur le pas de leur porte, les boutiquiers guettent en vain le moindre souffle annonciateur de l'automne. L'humeur n'est pas au renouvellement de garde-robe. Qui songerait à s'équiper de pulls, de parkas et de bottes fourrées ? Encore que !

La femme a beaucoup été à l'honneur en ce mois de septembre. On l'a souvent vue au bras de son mari, regardant sans faiblir les cameras, et souriant. Un sourire qui a fait beaucoup divaguer les chroniqueurs et les échotiers ; que cachait-il ? Il faudrait demander à La Joconde, experte en la matière.

Nous avons eu notre semaine de la Gastronomie et on a mis les femmes aux fourneaux. Et puis ce sont elles qui sont passées à table. Leurs maris s'étaient fait la malle, alors elles ont raconté des histoires de valises. Du coup les voyageurs sncf regardent d'un œil neuf les costumes cerrutti qui montent en première. Ils n'imaginaient pas que, sous les chemises de rechange de même provenance, pouvaient se cacher, dans la valise à roulettes,  des liasses de billets. Pourtant on en a connu des valises. Souvenez-vous de celles de l'exode, des exodes, remplies à la hâte de pauvres affaires, des mouchoirs propres, du linge de corps, le livret de famille, le jouet préféré du petit. Et vous avez vu le monceau des valises des déportés, vidées et empilées à l'entrée des camps.

 

 

Souvenez-vous de la valise de l'Auvergnat qui montait à Paris voir la famille. On n'avait guère dépassé Riom - Je parle de Riom plaine - qu'une petite faim tenaillait notre homme. Il descendait prestement sa valise et la posait sur ses genoux. Ouverte, elle offrait aux voyageurs toutes les victuailles

de sa terre d'Auvergne, soigneusement emballées dans des linges blancs, par une femme qui savait faire une valise et ne s’embarrassait pas de billets, fussent-ils suisses. Notre homme était partageux. Les odeurs mélangées du gaperon bien fait et du saucisson sous la cendre avaient tôt fait d'envahir le compartiment. Le rosé de Corent détendait l'atmosphère. Et pour peu que plusieurs Auvergnats de même religion, bios avant l'heure, fassent le voyage de concert …

En son temps, on a chanté la valise en carton, et on en a souvent ri. Mais vous, vous en voyez encore une, bien fatiguée, échouée au fin fond d'un grenier, dans une petite ville d'Auvergne, à côté d'une caisse à outils qui contenait encore la taloche, les brosses à peindre le faux bois et les peignes. Une valise qui avait beaucoup roulé sa bosse mais n'avait jamais transporté le moindre billet.

Revenons aux femmes. Par le truchement de la BBC, notre grande dame nous apprend que notre président l'a conquise par sa connaissance des appellations latines des fleurs, dans les jardins de l’Élysée. Nous voilà bien. Si la mode s'en répand, devra-t-on faire sa cour une flore à la main ? Conseillons aux prétendants débutant en la matière, plutôt que d’investir dans les douze volumes reliés (in-4, avec 7800 figures) de Gaston Bonnier, de porter leur choix sur la petite flore du même auteur qui devrait suffire et en a fait soupirer plus d'une, pour peu qu'elle ne soit pas trop versée sur la chose. Pour ma part, j'ai souvent utilisé avec succès, pour les petites filles, les Chantefleurs de Robert Desnos, et pour les autres, il n'y a guère, pour un herbier, de Colette, illustré d’aquarelles de Manet. « Qu'ai-je à faire de ton état-civil ? ma religion te baptise mieux, Rose, toi que j'appelle en secret Péché pourpre, Abricotine, Neige, Fée, Beauté noire ... »

Pendant ce temps, où en est l'Homme ? Tout septembre, il a surveillé les bourses. Son Cacarente joue au yoyo. L’auvergnat, lorsqu'il passe devant sa banque, trouve que les employés ont un air un peu absent, pour tout dire équivoque, et qu'ils fument leur cigarette avec une assurance un peu forcée. Et il s'étonne d'apprendre qu'on a pu prêter de telles sommes à des insolvables, alors que pour le moindre petit emprunt il a dû fournir des électrocardiogrammes, des analyses d'urine, les revenus de ses arrières grands-parents, répondre à des questionnaires, cocher des cases (votre grand-mère fait-elle du vélo, de quoi est décédé votre père ?), et déclarer sur son honneur qu'il rembourserait « avant l'août, foi d'animal, intérêts et principal ».

 

La mode est aux petits livres, j'entends aux opuscules. Voyez Indignez-vous, de Stéphane Hessel, un succès mondial, un phénomène d'édition. Et la mode est à l'indignation.

  Lisons plutôt L’Heure du roi, de Boris Kazanov. Parabole d'un vieux roi qui précipite son pays occupé dans le désastre pour dix minutes de liberté et de protestation silencieuse qu'il s'accorde. La beauté d'un geste qui relève son honneur et celui de son pays.

 

Le rouge-gorge vient de nous rejoindre. Il va être temps de bêcher le jardin. En attendant, cueillons les dernières roses de septembre, ce sont les plus parfumées. 

 

     

    Écrites pendant l'occupation, juste avant son arrestation par la Gestapo

    On le trouvait en 1955 chez Mermod éditeur

    Indigène  éditions, 32 pages, 3 euros

    Viviane Hamy éditeur, 127 pages, 7 euros

Publié dans : Chroniques - Communauté : partage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 22:27

 

CHRONIQUES 2010

 

 

QUARANTE-HUITIEME SEMAINE

 

 

Des transparences. Houellebecq et autres joyeusetés : des Helvètes, du Qatar, de Lénine et de la Modernité des Temps.  

 

 

 

Nous voilà bien, il nous faut devenir transparent. Les ambassadeurs  et les diplomates le deviennent, bien sûr, on ne parle que d’eux, les ministres, les chefs d’Etats, les employés de bureau, les journalistes, les candidates au titre de Miss France, les vitriers, les aquarellistes, les agents d’assurances, les opérateurs de téléphonie mobile, les terroristes de toutes obédiences, les agents doubles, les voyeurs, aussi les fromages, les foies gras et les bifsteks. La mode est à la transparence.

La faute à un petit malin qui a réussi à s’approprier des notes diplomatiques confidentielles et à les faire blanchir par de grands journaux. On y apprend généralement ce que tout le monde savait ou ce dont tout le monde se doutait et l’Auvergnat n’a pas été étonné d’apprendre qu’on a vu un jour son Président courir derrière un petit  chien qui poursuivait dans son bureau le lapin de son fils. L’Ambassadeur en avait fait une note à son président, dont un prédécesseur courait, mais sans chien, après une stagiaire de la Maison Blanche. On vient d’apprendre qu’il se fait maintenant réciter des fables de La Fontaine, puis qu’il les redit à sa femme, à charge de revanche sans doute. Pour l’endormir, je conseille à l’épouse de lire les histoires du Père Castor, Roule galette par exemple,  ou les Trois Ours.

Transparence encore, du fromage. Actuellement, méfiez-vous des étiquettes. Attention, difficile de trouver un fromage qui ne soit pas au lait pasteurisé. Transparence de la viande ? Nous ne trouvons que du veau et du bœuf. Que sont devenues nos bonnes grosses vaches et nos vieilles laitières épuisées ?

Transparence des hommes politiques. Qui se souvient de la liste des membres du nouveau gouvernement, et combien sont transparents la représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, et le Président du Conseil européen !

Les murs deviendront translucides sous cette nouvelle dictature de la transparence. A longueur de nuit et de jour vous verrez vivre vos voisins. Vous vous en lasserez vite, c’est comme chez vous. Nos fades auvergnates ne sauront plus où se cacher. Les Pères Noël, ne sauront plus où se mettre et il n’y aura plus de noël, et les ciels seront vides, et les temples aussi.  Vous distinguerez le ver dans la pomme, vous connaitrez les arrières salles, les arrières cours, les arrières trains, les arrières boutiques, les arrières cuisines et les arrières petites cousines, les arrières goûts, les arrières pensées. Et vos ennemis n’auront plus de secrets pour vous, et vos amis aussi, alors vous n’aurez plus d’amis. Vous verrez les bassesses, les vilenies, les ingratitudes et regretterez votre naïveté. Et viendra votre arrière vieillesse, où, à votre tour, vous serez transparent, l’Alzheimer de la chambre 28, l’incontinent de la 12, le grabataire du cinquième.

Réfugiez-vous en toute hâte là où est la véritable transparence. « Qu’il est agréable d’être allongé sur le dos dans la forêt et de regarder en haut ! … Dans le feuillage, on voit alterner des transparences d’émeraude et des opacités d’un vert doré touchant au noir … », ou en montagne, dans certaines combes d’altitude qui ne sont que minérales, des chaos de rochers sous lesquels on devine l’eau sourdre. Par beau temps d’été, l’air y est transparent, dur et léger à la fois. On avance en silence dans ce recueillement que le moindre bruit détruirait à  jamais.

Où l’on voit que la transparence a parfois du bon. « Si l’on pêchait l’air comme on pêche un étang, on y trouverait une foule d’êtres surprenants … L’air habité par des transparences vivantes, ce serait le commencement de l’inconnu ; mais au-delà s’offre la vaste ouverture du possible. »

Traversons le miroir et laissons là leurs pseudos transparences politiques, alimentaires, journalistiques et autres.

 

Où est ? Houellebecq, me direz-vous ? Il est à Châtelus le Marcheix. La réalité a rattrapé la fiction. On peut le voir à la bibliothèque. Non, il n’a pas eu froid, il avait sa parka, et puis il a mangé au Relais de Saint Goussaud, cuisine du terroir, qui réchauffe le cœur et le reste. Oui, il aime les cartes Michelin : « j’adore les cartes Michelin. Je possède celles de la quasi-totalité des départements. » Il est tombé en admiration devant la carte de la Creuse-Haute-Vienne, et il était venu voir, notamment, Châtelus le Marcheix.

Des qui vont voyager, ce sont les étrangers auteurs de crimes, en Suisse. Expulsés automatiquement. Les Helvètes l’ont décidé par referendum. Réconfortons-nous, maigre consolation, les cantons francophones, (sauf le Valais), et Bâle-Ville ont été contre. A voir bien des réactions françaises, nous sommes majoritairement alémaniques sur ce sujet.

Il est étonnant de ne pas trouver dans la liste des expulsables les blanchisseurs d’argent plus ou moins sale qui prospère dans les banques suisses.

 

Pour aider à l’indemnisation des victimes des boues toxiques, le gouvernement hongrois envisage de vendre aux enchères des statues datant de l’ère communiste, entre autres, un buste de Lénine. Le profit sera sans doute inférieur à celui de la vente des vins des Hospices de Beaune. Encore que la fonte, au poids, peu rapporter gros.

 

Des qui sont contents, ce sont les qataris. Ils organiseront la Coupe du monde de football, mais en 2022 seulement, il leur faut le temps de se mettre au vert. Ils avaient le soutien de Zidane, c’est un peu notre victoire aussi donc.

 

Nous allons vers des Temps modernes.

 

 

 

 

Mais non les gouachistes qui ont une pâte plus épaisse et pour tout dire un peu lourde souvent.

En son temps, l’Auvergnat a couru lui-même derrière des poules naines, des cochons d’Inde et supplié des chatons de descendre des arbres qu’ils avaient imprudemment escaladés.

Le Loup et le Chien parait il. Conseillons la Grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le Bœuf.

Ivan Tourgueniev, Récits d’un chasseur, Kassiane

Victor Hugo, Les Travailleurs de la Mer.

Meurtre, viol, brigandage, trafic de drogue, traite d’êtres humains, et aussi, perception abusive des assurances et de l’aide sociale.

Vous avez déjà oublié.

Il aurait reçu  pour cette aide 15 millions de dollars.

Publié dans : Chroniques - Communauté : partage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés