CHRONIQUE 13-10

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CHRONIQUES 2010

 

TREIZIEME SEMAINE

 

Des dieux antiques. Du commerce. Du patrimoine. Du 1er avril.

 

Du temps où il y avait des dieux, Hermès (ou Mercure) était le dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs, des menteurs, des marchands[1]. Les Auvergnats l’honoraient au sommet du Puy de Dôme. Mais le temple est en ruines. Nous vivons dans des temps modernes, désormais l’Olympe est désert, les dieux ont dépéri et ont déserté cette terre. On les trouve encore dans de vieux livres racornis que lisent de vieux bonshommes d’un autre âge.  Des professeurs qui n’osent pas avouer publiquement qu’ils enseignent la littérature, les évoquent parfois devant des élèves absorbés par l’envoi des SMS qu’ils pianotent avec une impressionnante dextérité, fruit d’une pratique assidue. Plus de dieux donc, et Mercure a fui avec son attirail, son pétase, son caducée, sa bourse, de toute la vitesse de ses sandales ailées.[2] Restent le commerce, les marchands, les voleurs et les menteurs. Et les clients, consommateurs et acheteurs.

De tous temps le client a su se méfier du vendeur, mais c’était à la bonne franquette. On savait bien que le charcutier avait la main lourde et une appréciation très particulière de l’épaisseur de la tranche de jambon, fine pour lui, d’une bonne épaisseur selon vous et votre porte-monnaie. Le boucher avait tendance à jeter sa viande sur la balance et à vous annoncer le prix avant que l’aiguille ait trouvé sa position d’équilibre. Ne parlons pas de la romaine du maraicher, d’une antique imprécision, toujours à votre désavantage toutefois. Quand au marchand de drap, fût-il cantalou, il fallait le tenir à l’œil lorsqu’il mesurait le tissu. Ce n’était que broutilles, qui n’entamaient en rien vos bonnes relations.

Heureux temps ! La mondialisation est arrivée. Et la fièvre acheteuse, et la Consommation. Il a fallu règlementer. Les députés ont délibéré, les ministres ont ministré[3] et les tricheurs ont triché. Résultat, chaussez vos lunettes, déchiffrez les étiquettes, lisez entre les lignes. Nous avons parlé, en d’autres temps,  des coquilles Saint-Jacques et des pétoncles[4]. Que dire des champignons de Paris en provenance des Etats-Unis, de Chine ou des Pays-Bas ! Cherchez les véritables qui poussent dans le Maine-et-Loire, à Saumur. Essayez d’acheter l’authentique Laguiole, fabriqué principalement à Thiers, accessoirement à Laguiole, mais surtout, à 80%, en Chine et au Pakistan. Ou le saucisson d’âne, le corse, importé d’Argentine quoi qu’en dise  sa tête de Maure, ou le melon charentais des Charentes et non d’Espagne, du Maroc, du Sénégal, des Caraïbes ou de Chine. Cherchez  des pets de nonnes ne provenant pas du Tibet, où la moniale est bouddhiste. Des chagrins d’amour qui soient encore un tant soit peu romantiques, et des crosnes du Japon, de Crosne, des choux, de Bruxelles, ou du saindoux qui vienne d’où ? D’ici, et de l’eau, delà.

Où sont nos produits du terroir ? L’Auvergnat conserve précieusement ses fromages sous AOC, dont le saint-nectaire, le fermier au lait cru, fabriqué deux fois par jour après chaque traite, dans le Massif du Sancy, les Dômes et le Cézallier, sur terrains volcaniques. Et ses églises romanes. Et ses sources thermales. Et Blaise Pascal. Mais le Thiernois inquiet se précipite chaque matin à sa fenêtre pour compter les puys qui accompagnent  le Puy de Dôme. Les Chinois ou les Japonais pourraient bien en subtiliser un ou deux pour les recopier et les multiplier dans leurs contrées exotiques. On a bien vu un ancien président inventer de toutes pièces un volcan souterrain pour amuser les gamins, et en tirer gloire.

Nous venons de célébrer le printemps des poètes. Le printemps a fait une bien timide arrivée, quant aux poètes … leur sort est semblable aux dieux de l’Olympe.

Le meilleur poisson d’avril a été celui de Gaz de France Dolce Vita, 10% d’augmentation. Une bonne blague, mais le démenti tarde.

On voudrait inscrire la corrida au patrimoine culturel de l’Inhumanité. Nous vivons décidément des temps modernes.  



[1] « Je dois, comme dieu du commerce, Détester la fraude et le dol, Mais je sais, par raison inverse, Les aimer, comme dieu du vol. » Orphée aux Enfers. Offenbach

[2] On trouve encore Hermès au cou d’élégantes, sous forme de carrés de soie bariolés.

[3]Du moins ceux d’entre eux qui ne sont pas en procès avec des photographes qui les auraient fait poser à l’insu de leur plein gré pour un magazine people.

[4] Cf. chronique41 de 2009,

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