CHRONIQUE 14-10

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CHRONIQUES  2010

 

QUATORZIEME  SEMAINE

 

Du printemps et des travaux afférents. De la paix des ménages. Du casus belli et de ses conséquences ménagères. Des locutions latines. Des accessoires de la mode masculine.

 

  La[1] Lièvre de Pâques, en trois bonds, a regagné son gîte laissant,  trois ou quatre œufs oubliés dans le buisson, qui font l’étonnement des merles et attisent la convoitise des pies. Un œuf doré ! Le printemps est enfin arrivé. Et le soleil nous sait bon[2], après tout ce froid qu’on a enduré. L’oreille aux aguets, l’Auvergnat a parfaitement et distinctement entendu le coucou au profond du bois. Toujours prévoyant il s’était muni de quelques euros. Entendant le chant, il les a bien serrés dans son poing au fond de sa poche. Le voilà donc tranquille pour cette année encore, il aura de quoi[3]. Les premières hirondelles ont fait un premier tour en éclaireuses, entre deux rafales frisquettes[4]. Le linge à sécher claque au vent dans les allées. Le jardin est fini de bêcher[5]. La femme y envisage de grands travaux et consulte les catalogues des jardineries. Elle rêve d’arbres exotiques. De palétuviers, de micocouliers, de baobabs, d’aréoles, de cyprès chauves, d’arbres à cames même. De salons de jardin avec des balancelles, des escarpolettes, des lumières tamisées le soir et des robes mousseuses, à la lumière fantasque des flambeaux. L’homme, lui, est allé acheter ses douze replants de salade, ses six pieds de tomates et attend ce que va dire la lune pour attaquer les haricots, les contanders. Pour le reste, il ressortira la chilienne à la toile fatiguée mais qui fera l’affaire, le moment venu, à l’ombre du cerisier, avec un bouquin et un demi bien frais. Et comme il est prévenant, soucieux d’aller au devant des désirs de son épouse et de préserver la paix de son ménage, il a proposé la plantation d’un arbuste, à défaut d’un arbre, un rustique, modeste,  peu onéreux et de bonne composition. Un forsythia.

  C’est dans un ciel serein et paisible qu’a éclaté le coup de tonnerre qui en a déstabilisé plus d’un. Nous avions un casus belli ! L’Auvergnat en a été tout retourné. Sont remontés à sa mémoire de fâcheux précédents, la dépêche d’Ems et la déclaration de guerre de 1870, l’attentat de Sarajevo avec cette histoire de Princip, l’enlèvement d’Hélène par Pâris et le grand bazar qui s’en suivit, et l’histoire du pommier des voisins qui n’est pas à eux mais à nous, contrairement à ce qu’ils ont toujours affirmé, au mépris de l’évidence, ce qui fait qu’on ne leur parle plus depuis trois générations. La femme a pris à tout hasard ses précautions, achat d’huile et de sucre et de lessive et de savon et de papier toilette. Et elle a vérifié l’état des conserves et des jambons et des saucissons. Elle, elle s’est  souvenue des restrictions. Casus belli, sans doute, restait à trouver le ou les adversaires. On a pensé aux journalistes, puis l’Auvergnat a écouté dire[6] que des financiers, ceux de la Haute Finance, nous en voulaient. Ou une qui n’est plus ministre. Et puis il y a eu la rumeur de la rumeur, d’autres interventions des Dir.com, des Cons.com[7], des qui contredisaient ce que d’autres n’avaient pas dit mais qu’ils auraient pu dire. L’Auvergnat a alors un peu perdu pied. Il est retourné à ses salades. Il a du savon pour un moment, compte-tenu de l’usage qu’il en fait. Il en a de reste.[8]

  En définitive, il a compris, comme le vulgum pecus, qu’on aurait fait, ab abrupto et ex nihilo, une histoire qui, volens nolens, n’en était pas une. Encore que …

  Pendant ce temps, les beaux jours arrivent, et les nu-.pieds. L’homme décontracté en porte, de chez Yves Saint-Laurent, à 695 euros[9], en cuir grainé marron. Et il se serre la ceinture, 1030 euros, en veau[10], de chez Hermès.

  Nous allons vers des Temps modernes. 

         

 



[1] En Auvergnat, on dit une lièvre.

[2] Un peu de parler local, thiernois en l’occurrence, ça fait du bien aux racines, comme on dit maintenant

[3] Et en effet, il a reçu le jour même, un rappel de sa retraite du combattant, de 1,91 euros, pour la période 1er juillet-31 octobre 2009. (Il a « fait » l’Algérie, « défait » devrait-on dire…)

   On dit aussi avoir du de dequoi.

[4] Bien difficile d’empêcher les migrations …

[5] Cf. remarque 1

[6] Cf. remarque 1

[7] Directeur de Communication, Conseiller à la Communication

[8] Cf. remarque 1 : suffisamment.

[9] La paire, évidemment.

[10] Existe aussi en alligator, prix sur demande, voir la maison Zilli.

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