CHRONIQUE 22-10

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CHRONIQUES  2010

 

VINGT - DEUXIEME  SEMAINE

 

 

Gloire aux Bleus !

 

 

 

L’Auvergnat se réjouit chaque jour, depuis peu, et ne boude pas son plaisir. Il voit et il entend la France entière, gouvernement en tête, célébrer les Bleus. La télévision, publique et privée,  peu à peu, sûrement et efficacement, fait monter en puissance ce qui explosera dans quelques jours, la Fête des Bleus.

Ce n’est que justice et lui-même a été un précurseur. Du plus loin qu’il s’en souvienne, dès son enfance en Basse Auvergne, il revoit l’attachement de sa famille, comme de tous les voisins de leur quartier de La Croix la Pierre, dans la paroisse Saint Jean du Passet de sa bonne ville de Thiers, chère aux Grandmontains, l’attachement indéfectible de tout son pays donc, aux Bleus. De tous les Bleus, quelle que soit leur origine, sans discrimination d’aucune sorte, dès l’instant qu’ils procurent un bon moment de plaisir et de communion conviviale, avec une préférence sentimentale pour ceux d’Auvergne bien sûr, mais sans aucun ostracisme. Et il est heureux d’espérer que ses Bleus fassent une grande équipe, là-bas, en Afrique du Sud. Et s’exportent. Et l’emportent sur les Chinois[1], les Guatémaltèques et autres Chicanos, sans parler des Ibères, Alamans, Vandales ou Saxons ou Etrusques romanisés, dont on ne sait même pas s’ils produisent des fromages.

Lui la connait bien, cette équipe des Bleus, au lait de vache, à pâte persillée. Une pâte plus ou moins crème ou ivoire, un persillage d’un bleu océanique pour les uns, d’un bleu pâle pour d’autres, de ciel nordique, ou très foncé, méditerranéen, ou encore tirant sur un vert léger, ou profond, bleuté ou un véronèse[2]. Un persillage fin, de douces marbrures ou de fines dentelles ou plus prononcé, des nodules en réseau. Une croûte fine, sèche mais non desséchée. Quelle équipe ! Le bleu d’Auvergne, autrefois ensemencé à la mie de pain de seigle moisie et séchée, (la poudre de bleu), piqué avec des aiguilles à tricoter pour aérer et favoriser le développement de la moisissure et affiné dans des caves à température et humidité constantes. Un bleu étonnamment doux pour un pays aussi rude[3].  Aussi la fourme cylindrique d’Ambert et sa cousine, la fourme de Montbrison, descendues des jasseries du Forez où les femmes gardaient et faisaient le fromage. Le bleu de Gex, ou du Haut Jura, ou de Septmoncel, fabriqué encore en fruitière,  que Voltaire a dû goûter[4], le bleu des Causses, roquefort au lait de vache, celui de Laqueuille, celui de Bresse, industriel au lait pasteurisé, et le bleu de Termignon, en Vanoise. Sans oublier les étrangers, le gorgonzola du Piémont et de Lombardie, de Novare mais aussi de Como et de Varese[5], (avec du mascarpone, c’est 100%crème), et le stilton[6], fromage anglais au lait pasteurisé qui se consomme frais, avec du céleri, en buvant du porto,  un mélange très  exotique, et peut-être même détonant.

L’Auvergnat se gausse et joue les naïfs. Il n’ignore pas, comment l’ignorerait-il, que c’est la Coupe du Monde de football qui va déchaîner cette tempête médiatique dont on perçoit déjà les chauds premiers souffles. Mais quelle belle occasion de parler fromage, avant de descendre aux abris, en emportant sa provision de fromage justement, de bleus et pourquoi pas de saint-nectaire[7], de si bonne compagnie dans les temps difficiles qui se préparent. Vous les dégusterez avec des noix, des pommes, de la confiture d’abricot, de la gelée de coing, des poires, une tourte de pain frais et un rosé d’Auvergne, au bousset, comme avant[8]. En attendant que l’orage passe. Devant leur télé, les supporters arroseront leurs pizzas de bière tiédasse, au tonneau. Leurs épouses, qui décidément ne comprendront jamais rien au foot et ne s’y intéressent pas, videront les cendriers, desserviront la table, tenteront de coucher les gamins, revideront les cendriers, commanderont une autre tournée de pizzas et mettront en perce le dernier fût de bière. En écoutant, à voix basse, pour ne pas déranger, leur Johnny  préféré, dans la cuisine. A la fin du match, en faisant la vaisselle, elles défendront timidement Domenech, sous prétexte qu’il est encore beau gosse et romantique : faire sa demande en mariage en direct, à 22h 45, sur M6, la classe, et le rêve ! Les lazzis, les insultes, les invectives, le bruit et la fureur ne pénétreront pas votre havre de paix, au frais du cuvier. Ou alors, montez à votre jasserie, les brumes du soir étoufferont le charivari de la vallée. En fin de nuit, dans la fraîcheur[9], vous vous élèverez jusqu’au soleil, à Pierre sur Haute, et ce sera un nouveau petit matin, une aube innocente, comme le Premier Matin,  propre comme un sou neuf, dans la rosée.

Redescendons sur terre. Cette compétition n’est-elle pas, en elle-même, un fromage, bien crémeux, parfois bien salé, si l’on en juge par la pression des sponsors qui font leur beurre, et les prétentions des joueurs, jusqu’à 390000€ pour le titre de champion, 70000€ par tête pour une qualification en huitièmes de finale ? Quel appétit, et quel culot, ou quel délire !

Et la nostalgie se réveille, le foot intégrateur, celui des Koppa, des Piantoni, des Djorkaeff, Rodzic, Baratelli, Szczepaniak, Wisnieski, Platini. Le foot en noir et blanc à la télé. Et l’A.S. Saint-Etienne …

La Coupe du Monde passera et on l’oubliera sans doute. Ne perdons pas espoir, la France vient d’obtenir de haute lutte, Président en tête, le droit d’organiser l’Euro 2016. Il va falloir construire des stades, d’immenses stades, avec d’immenses subventions, peut-être d’immenses dettes.  Mais on est immensément et bouyguement contents.

 

A propos de construction, vous avez vu, sur la côte atlantique, les zones noires de Xynthia sont devenues jaunes, ou vertes, ou roses, de toutes les couleurs, au choix. Et le représentant du gouvernement, incolore. Il n’est pas impossible que l’on reconstruise au fond de la cuvette, dans ce bel arc en ciel.

 

Nous allons vers des Temps modernes.



[1] En vérité on a perdu. Plutôt, on les a laissé gagner, pour ne pas les décourager dès le début de la compétition, c’était la moindre des politesses. Et puis le Chinois est susceptible, autant se ménager ses bonnes grâces. Souvenons-nous comme ils ont été vexés que notre Président insiste autant sur la question des droits de l’homme.

[2] Pourquoi pas !

[3]Au moins 50% de matière grasse ! Etalez- le généreusement sur une épaisse tranche de pain, du vrai pain bien sûr, et dégustez-le avec une poire.

[4] On dit que c’était un des fromages préférés de Charles Quint.

[5] Ajoutez-en dans le risotto, du doux crémeux, en fin de cuisson. Mangez-en avec de la polenta.

[6] Celui-là, avant la mondialisation, était totalement inconnu en Auvergne, où l’on n’imaginait pas que la gastronomie anglaise puisse accoucher de fromage.

[7] Aussi, bien sûr, les charcuteries, de rigueur en ces circonstances extrêmes.

[8] N’oubliez pas votre couteau, un Dumas fils ou un Dozolme. A défaut un laguiole, mais thiernois, un Besset Jeune par exemple.

[9] Vous aurez votre petite laine, évidemment, d’ ailleurs vous ne l’avez pas encore posée, pas avant le 15 août.

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