CHRONIQUE 26-10
CHRONIQUES 2010
VINGT - SIXIEME SEMAINE
Chronique anticipée. Augmentations de la vie et moyens de lutte contre la vie chère. Feuilleton des vacances. Des points G. Sommeil des affaires, et des chroniques : la der des ders ? Modernité des Temps
Que sera cette vingt-sixième semaine qui s’annonce ? L’Homme se pose la question, à l’angle de la rue Clément Marot et de l’avenue du Général Leclerc[1], en attendant le trolley de la ligne 2, en chapeau de paille et parapluie[2], le pliant made in China, en espadrilles et en maillot de corps en maille trou-trou, sous une chemise légère. C’est un exercice nouveau pour lui, chroniquer la semaine suivante. Heureusement l’actualité présente des constantes, et des nouveautés déjà annoncées.
C’est ainsi que le prix du gaz augmentera le 1er juillet, de 4,7%, ce qui est peu au regard de l’augmentation de 10% d’il y a trois mois. Et très peu par rapport à la prochaine, qui ne saurait tarder. L’Auvergnat est ainsi conforté dans l’usage très modéré qu’il fait de son chauffe eau à gaz, et son aversion pour l’eau, notamment chaude mais aussi froide, rejoint son souci de l’économie. Les débauches de bains, de douches, de shampoings, à toute heure du jour et de la nuit, cette félicité bonasse et lénitive dans une macération aqueuse, lui ont toujours parues parfaitement superfétatoires, par trop émollientes et dorénavant par trop onéreuses. Il réservera donc les ablutions aux grandes occasions et aux fêtes carillonnées, Noël, Pâques, et la saint Jean d’été, comme le faisaient les Anciens. Reste la cuisine. La saison est propice aux barbecues. C’est donc le moment de revenir aux saines habitudes d’antan, où le chasseur-pêcheur savait improviser, au bord de la rivière, un repas robuste et parfumé : saucisson à cuire, (dans son cornet de papier de boucherie, avec une bonne dose de vin rouge), pommes de terre sous la cendre, aussi œufs, mais pour les experts uniquement, côtelettes, poissons, légumes, brochettes de pommes, de poires, tout était bon sur le grill. Et les chamallows. Les jours moroses et frisquets, le cantou économisera le gaz, à toupiner, à se mâchurer les mains et le museau, à faire du petit bois, à tourner la polenta avec la cuillère en bois dans le chaudron étamé, et la soupe de légumes du jardin, sa couenne de lard et les yeux du bouillon. Et quel meilleur moyen de se réchauffer à bon compte que de débiter, à la hache, des souches noueuses de châtaignier ! Pour l’hiver, on ajoutera, à la couette, le bon vieil édredon de plumes, bien gonflant, remonté jusqu’aux yeux et l’on ressortira le bonnet de nuit du grand-père. Et les caleçons molletonnés. Et la chemise à pantets. L’élégance naturelle de la Femme sera rehaussée par la longue chemise de nuit en pilou, si longue qu’on peut s’en emmitoufler les pieds, boutonnée jusqu’au cou, ornée d’un délicat croquet rouge aux poignets et au col. Et la chaudière à gaz pourra être mise hors circuit.
La S.N.C.F. va également augmenter ses tarifs de 2,5%. Nos Bleus ne sont pas concernés car ils n’utilisent pas ce moyen de transport. Ils sont revenus, nous a-t-on dit, « en catimini », sans doute plus économique ; et la semaine qui vient on va commenter encore leurs déclarations sibyllines, sans vergogna[3], et tellement langue de bois qu’on pourrait confondre nos joueurs[4] avec des responsables politiques. Ce qui expliquerait la qualité de leurs prestations footballistiques.
Nous aurons un nouvel épisode du feuilleton Liliane Bettencourt[5] : son île des Seychelles abriterait le vrai Michael Jackson, le vivant, ou Ben Laden, à son insu. Elle servirait de base de sous-marins pour la marine hottentote, Christian Blanc y abriterait ses caves à cigares. Et notre Président, venu évidemment en catimini, y aurait séjourné, avec Johnny, entre un G8 et un G20. Enfin, on envisagerait, à l’instar des avoirs suisses, de la rapatrier et de la remorquer dans nos eaux territoriales, à proximité du Cap Nègre.
Les G. justement. On connait l’importance du point G. Nous attendons un communiqué final très consensuel, qui parlera de tout et de rien en termes si généraux qu’il fera consensus. Il reste à régler la photo de groupe, questions de préséance, de taille et d’embonpoint, et ce n’est pas une mince affaire. Les Canadiens sont pressés d’en voir la fin. Ce sont eux qui paient.
Quelques constantes : le soldat Shalit, nos reporters toujours otages en Afghanistan, le chômage, la coupe du monde de foot, les retraites, les dix mille enfants qui meurent de faim chaque jour dans le monde …
Les vacances arrivent, les affaires vont sommeiller, d’ailleurs c’est la Belgique, sans véritable gouvernement, qui va présider pendant six mois aux destinées de l’Europe. Et nous aurons les soldes, et le Tour de France, et ses histoires extra sportives.
Et la chronique s’achève, avec l’arrivée des vacances. Les chroniques aussi peut-être. Le pari a été tenu, un an, semaine après semaine, à parler de tout et de rien, de l’Homme, de la Femme, de l’Auvergnat, de la nostalgie souvent, du temps qui passe, des légèretés de l’être. Elles ont commencé avec Alexandre Vialatte, à son exemple et peu à peu se sont émancipées de la grandeur d’Allah, pour aller vers des Temps modernes. La première chronique voyait la disparition de Michael Jackson. Il n’est pas revenu. On randonnera sans lui, et bien d’autres, qui nous furent plus chers. Mais, un an plus tard, la Montagne est un peu plus haute et la pente se fait plus raide.
L’Homme de Vialatte attend l’autobus 27, au coin de la rue de la Glacière. Embarquons avec lui, il est de bonne compagnie.
Et nous irons vers des Temps modernes.
[1] A Limoges, l’avenue de Paris a pris le nom de Leclerc avant qu’il soit promu maréchal.
[2] Il a une longue expérience du Limousin, et sait « que ça ne va pas durer. »
[3] Oui, comme en italien, la Honte.
[4] Il s’agit en principe d’un jeu. Mais où sont les principes ?
[5] Il est étonnant que, s’agissant de l’héritière de l’Oréal, personne n’ait été au parfum.