CHRONIQUE 40-10

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CHRONIQUES 2010

 

QUARANTIEME SEMAINE

 

 

De l’amour. Du mariage avec un étranger, avec amour réciproque, sans  amour, avec amour unilatéral. De la foi. Du beau Danube bleu. De la modernité des Temps.

 

 

Aujourd’hui, nous parlerons d’amour, et nous ne serons pas seuls. Vous avez remarqué combien, depuis peu, on nous parle d’amour[1] ? Le printemps est encore loin et pourtant ça bourgeonne. Et pas seulement dans les journaux spécialisés pour nos  modernes midinettes.

Luc Ferry, philosophe, ancien ministre de l’Education nationale du temps de Raffarin, c’est dire que c’est quelqu’un de sérieux, vient de publier « La révolution de l’amour »[2]. Les bonnes feuilles sont déjà parues. Le premier humanisme est mort, celui de la Renaissance, écroulé sous les effets conjugués du capitalisme et de la contestation des valeurs, nous dit Luc Ferry.  Mais il y a de l’espoir, le consumérisme n’a pas envahi toute notre existence, « tout ne fout pas le camp », on voit des poches de résistance, un bouleversement de la vie sociale, la réinvention du mariage d’amour, et donc du divorce, l’importance de l’intime, du bonheur familial, du sacre de l’enfant, du souci pour les êtres que l’on aime. L’amour donne du sens à notre vie. Luc Ferry appelle de ses vœux l’apparition du mariage d’amour, en Chine et dans les pays émergents, l’apparition des petits bourgeois qui voulant protéger leur petite famille et leurs enfants, vont « instaurer, pour se protéger, des syndicats et réclamer un Etat-providence ». Qu’ils entrent dans l’ère de l’individualisme. L’amour contre la désespérance de la mondialisation, pour fonder un second humanisme. On veut bien le croire, Luc Ferry, lorsqu’on le voit poser en photo sur le journal avec son épouse Marie-Caroline, joli brin de femme, en jean et ceinturon à grosse boucle. Et l’on comprend qu’il ait préféré sa sphère privée au jeu collectif d’un gouvernement Raffarin. On en aurait fait autant.

Le Gouvernement n’est pas en reste, et les députés. On va punir « l’escroquerie sentimentale ». Nous avions les mariages blancs. On vient de découvrir les mariages gris.

Dans le mariage blanc, la mariée est en blanc, le marié en noir, mais ce n’est pas un vrai mariage, ni un mariage gris. C’est un mariage arrangé, un mariage de complaisance, où chacun a son intérêt. L’un reçoit de l’argent, l’autre obtiendra la nationalité française. On a bien connu des mariages de la sorte, qui consacraient l’union de deux familles, de deux états. Une bonne dot contre un avenir assuré, ou un nom à particule. Ou pour raison d’Etat, vous vous souvenez de l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse d’Autriche, que Louis XIV épouse alors qu’il ne la connait que depuis trois jours. Et de ce Président qui convola avec une italienne qui sans doute voulait avoir la double nationalité. Ces mariages blancs sont en France interdits et l’appareil judiciaire et policier les traque.   

Dans le mariage gris, c’est tout pareil, le blanc et le noir, mais l’un aime vraiment et l’autre fait semblant, toujours pour cette fameuse nationalité[3]. Je sais, c’est compliqué parce que dans le mariage normal, incolore en quelque sorte, bien qu’en blanc et noir, (oui, il faut suivre), entre Français, c’est aussi parfois comme cela. Les étrangers ont plus d’un tour dans leur sac. Fillettes, fillettes, méfiez-vous des étrangers ! Vous les voyez vous faire les yeux doux au son de leurs guitares, de leurs djambés, de leurs balalaïkas, de leurs vuvuzelas, de leurs rababs, de leurs quenas, de leurs ouds, de leurs mandolines, que sais-je, de leurs flûtes de pan. Ils vous promettent les cocotiers, les grandes chevauchées dans les steppes, les oueds sauvages, les pampas, les grands ergs et les loukoums, l’huile d’argan à profusion, les pirogues à balancier, les marchés aux esclaves, les neiges du Kilimandjaro, les harems parfumés, les vies de nabab et de narguilé, de sultane validé, de maharané, les boubous colorés, l’étoile du sud même. Testez l’ardeur de leur flamme en leur déclarant que vous n’êtes pas française. Fuyez ceux qui vous demandent au premier soupir de tendresse votre  carte d’identité. Demandez-leur avant toute chose leurs papiers. Surtout laissez l’amour en dehors de vos relations. Ne tombez pas dans le piège du mariage gris, où l’amour est d’un seul côté, le vôtre, où l’on vous abuse et vous trompe.

Le gouvernement et les députés veillent sur vous. Depuis le 5 octobre 2010, le mariage gris est un délit, puni de 30000 € d’amende et de sept ans de prison. Dorénavant le juge va contrôler les mariages mixtes, non pas ceux entre un homme et une femme, vous voyez le travail, mais entre un ou une française et un ou une étrangère, pour traquer le mariage gris. Nous allons former des juges et des policiers spécialistes de l’amour. Ou des sapeurs pompiers pour surveiller votre flamme. Il faudra payer des incendiaires pour la ranimer si par malheur elle faiblit. Si vous épousez un étranger, aimez-le. Et qu’il vous aime. C’est tout le bien qu’on vous souhaite, fillettes.

Vous pouvez aussi, et de préférence, selon notre ministre compétent, épouser un joueur de vielle, de cornemuse ou de biniou, de pétanque ou de belote, de fifre, de pipeau ou de cor des Alpes, de baguette et de saucisson. FRANCAIS. Qui vous promette le camembert et le gaperon, la Beauce et la Brie, le rosé de Provence ou d’Anjou, aussi Henri IV et la sauce béarnaise. Notre justice ne vous demandera même pas de l’aimer.[4]

 

Notre Président a rencontré le Pape, pour la troisième foi[5], sans sa femme. Ils ont prié devant le tombeau de Sainte Pétronille qui protégeait nos rois de France, il n’y a guère, avec l’efficacité que l’on sait. Il a demandé au Pape un chapelet. On se souvient de la vieille mémé qui était allée à l’école chez les sœurs, un peu. Apprenant que nous passions par Lourdes elle avait voulu une médaille de la Sainte Vierge. Nous l’avions comblée en ajoutant de l’eau du lieu, dans une statue en plastique. Elle l’avait serrée dans le haut de l’armoire, avec son missel, la carte d’ancien combattant du grand-père, et sa bouteille d’eau de Cologne.

 

Les boues rouges de Hongrie se dirigeraient vers le Danube. Notre beau Danube bleu deviendrait violet pour se jeter dans la Mer noire. On nous en fait voir de toutes les couleurs.

 

Nous allons vers des Temps modernes.

 

 



[1]  Et on nous redit des choses tendres… 

[2] La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque. Plon éditeur[3] On ne comprend pas pourquoi tant de gens veulent la nationalité française, alors que parfois des Français n’ en sont pas très fiers, de cette nationalité.

[4] A ce sujet, on peut écouter Stéphane Guillon sur lepost.fr/tag/stephane-guillon

[5] Il aurait beaucoup la foi dit le service de presse.

 

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F
<br /> Très bien écrit cet article, je me suis retrouvée dans la femme du joueur de belote :)<br /> <br /> <br />
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